HystoriesAdrienne d' Herculès

Avec l'écriture pour vecteur, de la fin de la préhistoire à nos jours, notre passé est inscrit pour l'éternité dans une multitude d'ouvrages.

De l'argile crue de la Mésopotamie au DVD, différentes formes de supports ont mémorisé involontairement ou à dessin, ce qui deviendra notre histoire. Toutes les grandes batailles, règnes d'éminents souverains, crimes ou autres faits divers importants, sont consignés avec soin sur papyrus, parchemins, papiers, microfilms ou bandes magnétiques, pour former l'encyclopédie du savoir dans ses grandes lignes… Malheureusement, pour de simples raisons de temps, les grandes lignes enseignées dans nos écoles occultent l'anecdote historique locale du savoir général !

Bien heureux celui qui peut consacrer sa vie à remplir sa mémoire de connaissances. Au XVII et XVIIIième siècle, certains nobles ou riches bourgeois ont suivi cette voie, plutôt que celle dit-on, plus facile de l'oisiveté.

Ces érudits se sont transformés pour certains en grands savants. Nous ne pouvons pas les nommer ici, la liste est trop longue, et n'en citer que quelques-uns serait un manque de courtoisie. De ces passionnants personnages que la noblesse d'antan ne nourrit plus, il en existe toujours ; ils sont aujourd'hui enseignants ou simples amateurs. Leur temps libre est consacré à la recherche historique dans ses détails, en marge de la grande histoire, pour révéler le fait divers local qui n'a pas eut les faveurs des programmes scolaires.

Chaque village, chaque coin de France est le berceau qui a vu naître un personnage important, tout aussi intéressant que nos héros légendaires.

Notre choix se porte aujourd'hui sur une femme aimante et courageuse, et pour comprendre son geste héroïque, reportons-nous en l'an 906, dans un petit village de Haute Provence que d'aucuns connaissent bien pour ses immenses champs de lavandes, Valensole !

A cette date, Foulques II, seigneur des lieux marié à Adélaxis Raimondis, fête avec fierté la naissance de son héritier qui deviendra saint Mayeul.

Cet aparté dans le temps, nous permet de comprendre la vassalité de Valensole. Saint Mayeul fut abbé de Cluny, chanoine, puis archidiacre de Mâcon. Sage parmi les sages, il devint conseiller du premier roi de France, Hugues Capet ! A sa mort en 994, l'abbaye de Cluny conservera ses prérogatives sur Valensole…

En 1559, Henri II, fils de François Ier meurt. La France est en proie aux querelles religieuses. La Provence reste fidèle au roi catholique, et sourde à la réforme prônée en Français et non en Provençal.

Mais en 1561, le parlement de Provence refuse d'enregistrer l'Edit d'Ambroise autorisant l'exercice du culte réformé sous certaines conditions. Devant l'ampleur des querelles, après la tragique nuit du 24 Août 1572 (St Barthélémy) le gouverneur Sommerive, son lieutenant général et le comte de Carcès, pourtant chef du parti catholique, se dressent contre tout excès en Provence visant les "Protestants". Après la mort de Sommerive, les querelles religieuses s'intensifient, attisées par son successeur, le comte de Rets. Les deux clans s'affrontent, regroupés sous l'appellation réciproque de Carcistes et Ratzats.

En 1562, les doctrines hérétiques envahissent la Provence, le village de Valensole qui compte plus de trois milles âmes vit au rythme des tensions internes qui opposent ces différentes doctrines.

Il y a d'une part ceux qui suivent les directives de l'abbé de Cluny, Cardinal de Guise à l'époque, et unis aux partisans de De Vins, et ceux qui obéissent au Comte de Carcès, les Carsistes.

Au temps de la ligue, les anciens partisans de Carcès se regroupent auprès de son neveu Hubert de Vins, par contre, les opposants à la paix se retrouvent derrière le grand prieur Henri d'Angoulême, bâtard d'Henri II et gouverneur de Provence depuis 1579. Quand le prieur fut assassiné en 1586, le duc d'Epernon et son frère La Valette prirent la suite, tandis que le duc de Guise, lieutenant général du royaume imposait à Henri III, roi de France, une ligue intransigeante. Face à cette situation, La Valette réunit les états à Pertuis (84) en 1588. Le parlement interdit cette assemblée et Pertuis lève une armée commandée par Hubert de Vins. Il existe désormais deux gouvernements en Provence : Celui d'Aix et celui de Pertuis.

Cette même année, accroché au flan sud d'une colline, le village de Valensole regarde l'immensité du riche plateau qui s'étale sous ses remparts. A la tête de cette bourgade, la commune est régie par le consul Collaret. L'histoire ne dit pas s'il eut beaucoup d'enfants, mais Adrienne d'Herculès est sa deuxième épouse… Devant Dieu et les hommes, elle lui a juré amour et obéissance, pour le pire et le meilleur, serment qui fit d'elle un personnage hors du commun et l'héroïne de cette chronique !

Le Sieur de La Javie (04) est mandé pour soumettre Valensole qui a fait corps derrière le parti de De Vins. La population se soulève et résiste au seigneur de La Javie entouré de deux cents hommes. Plutôt que de voir ville et champs incendiés, La Vallette rappelle son émissaire, laissant croire à la population insurgée qu'il désapprouvait de La Javie.

La vengeance est un plat qui se mange froid… et c'est donc sous ce prétexte fallacieux que Valensole a refusé le gîte et le couvert à deux cents de ses hommes, que le Sieur de La Vallette quitte Sisteron (04) en armes pour l'assiéger. Il se présente sous les remparts avec une armée, et quatre pièces d'artillerie.

Le cardinal de Guise, seigneur des lieux, refuse de se rendre. La population s'arme et s'unit contre l'assiégeant à l'appel des partisans de De Vins… Une bataille s'engage, mais le terrain favorise les défenseurs, protégés par une muraille haute au sommet d'une pente raide.

A chaque affrontement, des nuages de fumée encerclent la ville comme pour étouffer les cris des blessés… Quand le nuage à l'odeur acre de souffre s'éloigne, La Valette se tord de douleur, les deux mains sur sa cuisse, blessé par une balle d'arquebuse. Ses gens le transportent rapidement à Manosque (04) sur un brancard, alors que la bataille continue. Les canons crachent leurs boulets tant et si bien qu'une brèche est ouverte dans l'enceinte. L'assaillant s'engouffre dans les ruelles, Valensole capitule.

Remis de sa blessure et son haut-de-chausse raccommodé, La Valette entre triomphant dans la ville soumise. En représailles, il condamne le consul Collaret à la pendaison, et nomme à sa place le sieur de Crotes qui a charge d'abattre toute la muraille.

Sur la place du village, les charpentiers dressent l'échafaud qui verra se balancer le consul au lever du jour… Son épouse descend dans la cave où Collaret est détenu derrière de fortes grilles…les gardes sont impassibles, le visage figé par la charge ! Adrienne comprend que le salut ne peut pas venir d'eux… C'est une maîtresse femme, plus jeune que son mari, elle n'a pas encore songé au veuvage. Quand pointe le soleil, le bourreau accompagne sa victime sur l'estrade. Il lui passe un capuchon sur la tête et le nœud fatidique. Alors qu'il attend les ordres de son maître La Valette pour accomplir sa sombre besogne, un cavalier au grand galop surgit d'une ruelle et renverse le bourreau !

L'histoire ne dit pas si l'homme a chuté de sa macabre esplanade d'un coup de pied de la Dame ou du sabot de son cheval, car il s'agissait bien de Dame Adrienne d'Herculès, épouse Collaret, qui venait délivrer son mari !

Sitôt pied à bas de l'étrier, elle coupa la corde et tira le consul déchu des griffes de la mort. Devant un tel acte de courage et l'exploit perpétré devant sa troupe en armure, La Valette gracie Collaret… Dame Adrienne est acclamée par la foule en liesse.

En reconnaissance de cet acte de bravoure, Collaret fit donation de dix huit panaux de blé à l'hôpital de Valensole. Cette offrande, suivant sa volonté, sera renouvelée chaque année après la moisson, à perpétuité, et servira de dot aux pauvres filles démunies avant leur mariage.

La pension viagère fut versée jusqu'en 1792, date à laquelle le Sieur Ailhaud, héritier des époux Collaret, voulut racheter ce droit à l'hôpital…

Il lui en coûta la bagatelle de 1568 livres pour cesser de "donner du blé" !

.....de Victor Lamandier

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